Comment parler de contraception avec son ado

 

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 Amours d’été, nouvelles rencontres à la rentrée… Ils ont 17 ans, l’âge moyen des premières relations sexuelles. Comment aborder avec eux le sujet délicat de la contraception et de la protection ?

 

La découverte de la sexualité et du sentiment amoureux fait partie intégrante de la quête d’autonomie qui s’affirme à la période de l’adolescence. C’est l’âge des expériences, du désir de prendre ses distances avec "papa-maman", de la rencontre de l’autre : rien de plus sain, somme toute.

"Mais du coup, les parents ne sont pas les mieux placés pour parler de sexualité avec leur ado, explique le Dr Élisabeth Aubeny, gynécologue et présidente de l’Association française pour la contraception. Et en même temps, ils n’ont pas le droit de s’en désintéresser, car l’information sur la contraception et la transmission des valeurs font partie intégrante de l’éducation". Il faut donc jouer finement…
Aborder le sujet avant 14 ans

"Il ne suffit pas de glisser un préservatif dans son sac à dos au moment du départ en vacances si l’on n’en a jamais parlé avec lui ou elle avant. Dans l’idéal, la contraception doit avoir été abordée bien avant que le jeune soit troublé par la question", poursuit-elle.

C’est vers 14 ans, voire plus tôt, que l’on peut lui faire passer des livres, des documents, une adresse Internet, sans forcément en dire beaucoup, mais en lui signalant qu’on peut répondre à ses questions.

Proposer sans imposer

Vers 15 ou 16 ans, rien n’empêche les parents d’engager une conversation franche avec l’ado. La discussion peut survenir très naturellement dans les familles qui se parlent beaucoup, où les jeunes sont demandeurs d’échanges avec les adultes.

Attention cependant, c’est aussi dans ces maisons-là que les parents se montrent parfois involontairement intrusifs et trop curieux de l’intimité de l’adolescent.

Si les adultes se sentent gênés par le sujet, "il suffit de profiter de certaines occasions, les infos à la télé, un film…, et d’évoquer d’une façon générale le préservatif ou la “pilule du lendemain”, tout en mettant par ailleurs une documentation à la disposition du jeune", suggère Marie-Catherine Chikh, psychologue à l’École des parents d’Île-de-France et responsable du Fil Santé Jeunes, qui ajoute : "L’intervention d’un tiers, grand-parent, oncle, marraine ou même mère d’une copine, est parfois mieux acceptée, voire sollicitée par les ados."



Prévoir une contraception efficace

"Les priorités dans les informations à mettre en avant restent les mêmes. Les ados doivent se protéger à deux niveaux : la grossesse non désirée et les maladies sexuellement transmissibles, au premier rang desquelles il faut encore placer le sida", rappelle le Dr Aubeny.

Envisager une relation avec quelqu’un, c’est donc prévoir une contraception efficace - pilule ou stérilet - mais aussi la barrière aux agents pathogènes qu’est le préservatif.

Un message assez complexe. "Aussi, il faut insister pour dire que le préservatif seul ne suffit pas. En effet, si celui-ci se déchire, une jeune fille qui bénéficie d’une contraception efficace est au moins protégée contre une grossesse inattendue", continue-t-elle.



Rappeler l’importance des sentiments

Il serait dommage d’oublier la dimension psychologique de cette première relation. Faire l’amour est un acte intime et bouleversant, toujours plus riche quand il est lié aux sentiments. Il n’est pas inutile de le leur rappeler. À tout le moins, de leur dire qu’il doit y avoir vraiment envie de cette relation qui ne doit pas être acceptée sous la pression du partenaire, voire du groupe de copains.

Une situation qui est plus habituelle qu’on ne le croit : "Trop de jeunes filles bouleversées nous racontent qu’elles “l’ont fait” pour “être comme tout le monde” ou pour “garder le garçon”, témoigne Marie-Catherine Chikh. La violence qu’elles s’infligent ainsi débouche sur une perte de respect d’elles-mêmes qui laisse des traces durables."


Privilégier la transmission des valeurs

Dans l’idéal, il faut privilégier une transmission mère-fille et père-fils. Surtout si le jeune a des questions précises. Pour autant, la mère ne doit pas conduire chez le médecin ou chez son gynécologue une jeune fille qui ne l’a pas demandé. Elle peut l’accompagner, mais pas au-delà de la salle d’attente.

Le plus simple consiste encore à fournir des adresses où garçons et filles pourront demander - au moment qui leur convient et en toute discrétion - une contraception gratuite.

Pour ce qui est de la transmission des valeurs, en revanche, Marie-Catherine Chikh valorise le rôle des pères : "Dès qu’il s’agit du respect - respect de soi et respect de l’autre -, la parole du père est très marquante. Sans aller jusqu’à faire la morale, il a donc intérêt à rebondir sur une scène de film, par exemple, ou une anecdote racontée à table, pour souligner qu’il espère que sa fille ne se laissera jamais traiter ainsi, ou qu’il souhaite que son fils soit plus respectueux que cela avec les femmes."


Une contraception adaptée à la jeune fille

"La meilleure contraception est celle qu’une jeune fille choisit quand on lui a bien expliqué les éléments du choix", martèle le Dr Aubeny. Il n’y a pas que la pilule, les adolescentes doivent être informées sur l’implant progestatif et savoir que le stérilet n’est pas réservé aux femmes qui ont déjà eu un enfant.

La pose du stérilet doit cependant être effectuée par un médecin vraiment rompu à ce geste simple mais technique. Les coordonnées de ces praticiens peuvent être obtenues auprès des centres du Planning familial.

"Enfin, note le Dr Martin Winckler, un médecin généraliste qui se consacre à l’information sur la contraception et l’IVG (à l’hôpital, par ses ouvrages et son site Internet), il faut absolument rappeler aux jeunes filles que la prise de sang et l’examen gynécologique (toucher vaginal, frottis de dépistage du cancer du col et examen des seins) sont inutiles chez les femmes en bonne santé qui consultent uniquement pour une première contraception. C’est en France seulement que les médecins s’obstinent à imposer ces examens comme préalable à la vie sexuelle."

Prise de sang (au-delà de la première plaquette), frottis et examen des seins ne se justifient que plus tard. L’examen gynécologique n’est nécessaire que chez une femme qui a des symptômes gênants ; il est inutile s’il s’agit seulement d’une demande de contraception.


Le top 5 des idées reçues sur la contraception

Chez les adolescents, la contraception et la sexualité sont encore mal maîtrisées, nombre d’idées fausses perdurent et circulent.

1. "On n’est jamais enceinte la première fois". Tout rapport sans contraception peut entraîner une grossesse.

2. "On ne peut pas “tomber enceinte” s’il n’y a pas éjaculation". Il y a émission de spermatozoïdes avant l’éjaculation. Le retrait ne peut pas être une méthode contraceptive.

3. "On n’est pas enceinte s’il n’y a pas pénétration". Toutes les pratiques qui amènent des spermatozoïdes à proximité du vagin (y compris la sodomie, donc) peuvent être fécondantes. Les gynécologues voient régulièrement des grossesses - et des IVG - chez des jeunes filles vierges.

4. "Il y a des jours sans risque au cours du cycle". Tous les jours du cycle, y compris les périodes de règles, présentent un risque de grossesse. Parce que l’ovulation est irrégulière, surtout chez les jeunes filles, et parce que les spermatozoïdes peuvent survivre jusqu’à cinq jours après le rapport.

5. "Une pilule du lendemain de temps en temps, c’est aussi bien qu’une pilule tous les jours". La pilule du lendemain est un filet de secours qui est loin d’être aussi efficace que la pilule contraceptive. Cela dit, en cas de relation non protégée ou d’accident de préservatif, il faut aller au plus vite la demander dans un centre du Planning familial ou directement chez le pharmacien, qui doit la délivrer aussitôt, sans ordonnance, et gratuitement pour les mineures.


En savoir plus sur la contraception

Adresses utiles
Pour trouver dans votre région un centre de planification et d’information : www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/contraception ainsi que www.planning-familial.org.
Fil Santé Jeunes : www.filsantejeunes.com. Pour une information par téléphone : 32 24.
Pour une information détaillée sur toutes les contraceptions (y compris les questions sur contraception et acné ou prise de poids), le site de Martin Winkler : martinwinckler.com. Rechercher dans "Contraception et gynécologie", et ne pas passer à côté de la Foire aux questions (FAQ), qui est très complète.

 


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